Comment réduire les risques de transmission du COVID-19 dans nos universités et nos laboratoires

Le 3 avril 2023

Nous, CASPER (Collectif Auto-défense Santé Publique EsR), sommes un collectif de membres de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, basé en France. Nous faisons appel à nos laboratoires, universités, collectifs de recherche et collègues de travail, et demandons des mesures de réduction des risques simples et efficaces, face à la circulation du COVID-19 et de ses variants dans nos espaces professionnels [1]. L’état de l’art de la recherche internationale et interdisciplinaire sur le COVID-19 est très clair [2].

  1. Le COVID-19 s’attaque durablement à l’ensemble de l’organisme: cellules T, cruciales pour l’immunité, durablement détruites ; microclots qui touchent à tous les organes vitaux… Les conséquences du COVID sont donc d’une part la mortalité durant l’infection et une surmortalité après infection, d’autre part les maladies chroniques durables et handicapantes [3]. L’ensemble de ces facteurs, auquel s’ajoutent la surcharge des systèmes de soins médicaux et la casse de l’hôpital public, explique la surmortalité.
  2. Le COVID-19 est aéroporté et se transmet principalement par aérosols. Se laver les mains ne protège pas du COVID-19, seul le renouvellement de l’air [4] et les protections respiratoires empêchent sa circulation.
  3. Le plus de personnes sont infectées au COVID-19, le plus celui-ci développe des variants face auxquels les vaccins et traitements à disposition sont de moins en moins efficaces [5].

Le COVID est donc un risque majeur de santé publique, face auquel notre responsabilité de chercheurs et de chercheuses est grande. On observe une surmortalité durable depuis 2020 en France et au-delà. Il est également un risque au quotidien pour nos collègues fragiles (ou pour notre entourage privé), mais également pour tout un chacun : entre autres, les séquelles telles les COVID longs, l’augmentation des risques d’Alzheimer précoce, d’AVC et de diabète sont susceptibles de toucher tout le monde y compris des personnes jeunes, sportives et en excellente santé. Nous savons aussi que le COVID long produit souvent une baisse des fonctions cognitives, ce dont de nombreux collègues peuvent témoigner.

Nous savons que la pandémie de COVID-19 n’est pas près d’être finie. Notre responsabilité collégiale, pédagogique, scientifique et institutionnelle nous appelle à mettre en place des mesures de réduction des risques au sein de nos universités, laboratoires, groupes de travail, réseaux et collectifs de recherche. Les conférences [6] et l’enseignement en présentiel sont deux contextes de diffusion massive du virus dans l’ESR, de réinfections multiples du personnel enseignant et étudiant, des chercheurs et chercheuses [7].

La réduction des risques est une méthode qui a été développée par des associations au moment de l’émergence du VIH, avant de devenir un grand principe de santé publique. Selon ce principe, il s’agit d’adopter des gestes simples qui permettent d’éviter autant que possible la diffusion d’un virus lors d’une situation d’exposition [8]. Au lieu de renoncer à l’exposition (par exemple, renoncer à la sexualité), on privilégie le geste simple (utiliser un préservatif).  Il existe de nombreuses mesures de réduction des risques très efficaces, d’après l’état de l’art de la recherche scientifique [9], que nous pouvons mettre en œuvre pour réduire la diffusion du virus du COVID-19 dans nos espaces professionnels. Le minimum :

  1. Le port systématique d’un masque FFP2 dans les lieux clos (bâtiments, couloirs, bureaux, salles de travail et en colloque). Les masques en tissu comme les masques chirurgicaux empêchent les postillons, mais ne sont pas conçus pour éviter la diffusion des aérosols. Les masques FFP2 (norme industrielle), grâce à de multiples couches et à un effet électrostatique, limitent à 95% la diffusion des aérosols.
    • Pour être efficace, il est indispensable que tout le monde porte un FFP2 sur la bouche et le nez, avec un bon ajustement garantissant son étanchéité, sans l’enlever pendant la prise de parole, un moment où la diffusion d’aérosols est particulièrement intense.
  2. L’aération de chaque salle en vrai courant d’air au minimum 10 minutes toutes les heures. Afin de vérifier l’efficacité de l’aération, un capteur de CO2 est un outil précieux [10].
  3. Lors de repas en commun: rappeler que la diffusion des aérosols est particulièrement intense quand on mange, et que les repas en commun sont des moments particulièrement propices à la circulation du virus. Proposer les petits déjeuner d’accueil, pots festifs ou repas de mi-journée en extérieur. Alternativement, privilégier les paniers-repas qui permettent à chacun et à chacune de manger où on le souhaite. Dans tous les cas, il faut qu’il soit possible de maintenir une distance.

Lors d’une réunion ou évènement, nous encourageons les organisateurs et organisatrices à :  

  1. Demander à tout le monde de ne pas venir assister en présentiel à des évènements en cas de symptômes ORL (quel que soit les résultats d’un test, car la contagion est possible malgré un test négatif) ou de cas contact.
  2. Pour les personnes qui ne pourront pas se déplacer, organiser systématiquement des modalités hybrides de participation aux réunions et aux évènements.
  3. Après un évènement, si un participant ou une participante signale son infection au COVID-19, informer l’ensemble des personnes présentes qu’elles sont cas contact.

De plus, nous pouvons demander aux institutions qui gèrent nos lieux de travail, l’équipement des universités et laboratoires :

  1. Des purificateurs d’air calibrés pour les salles où ils sont installés
  2. Des capteurs de CO2 ainsi que des indications sur les seuils à respecter
  3. Un affichage sur les jauges maximales avec distanciation

À noter que toutes ces mesures réduisent les risques mais ne se substituent pas au port généralisé du masque FFP2. La réduction des risques est d’autant plus efficace que les mesures sont combinées.

Si la plupart des activités d’enseignement et recherche aujourd’hui ont lieu en présentiel, elles se déroulent sans action ou politique de réduction des risques [11]. En conséquence, les personnes qui ne souhaitent pas s’exposer – quelles qu’en sont leurs raisons – sont exclues des activités en présentiel. La mise en œuvre d’une réduction des risques leur permettrait d’avoir à nouveau accès à leur formation, à leur emploi, à leur métier, à leur réseau et aux réunions (notamment syndicales).

Nous n’avons pas besoin d’une obligation gouvernementale pour décider de mettre en place ces mesures nous-mêmes, à toutes les échelles de notre travail en commun ou en présentiel : depuis les bureaux partagés jusqu’aux laboratoires ou aux universités. Or, une bonne partie de ces mesures est très simple à mettre en place, nous demande peu d’efforts et est très efficace. Si nous le voulons, nous pouvons faire une grande différence dans la diffusion de l’épidémie et empêcher l’exclusion de nos collègues, de nos étudiants et étudiantes.

Pour être solidaires face à tout virus, nous avons besoin de plus que de prises de position : ce sont les gestes répétés tous les jours qui comptent.

CASPER (Collectif Auto-défense Santé Publique EsR)

Nous contacter : casper-esr@protonmail.com

[1] La pandémie de COVID-19 n’est pas terminée, même si la raréfaction progressive des tests de dépistage depuis 2022 baisse sensiblement les incidences connues (voir https://covidtracker.fr/france/). La surmortalité continue d’augmenter début 2023 (voir les chiffres par pays, d’après l’OMS ou The Economist : https://ourworldindata.org/excess-mortality-covid).

[2] Escandón K, Rasmussen AL, Bogoch II, Murray EJ, Escandón K, Popescu SV, Kindrachuk J. COVID-19 false dichotomies and a comprehensive review of the evidence regarding public health, COVID-19 symptomatology, SARS-CoV-2 transmission, mask wearing, and reinfection. BMC Infect Dis. 2021 Jul 27;21(1):710. doi: 10.1186/s12879-021-06357-4

[3] Astin R, Banerjee A, Baker MR, Dani M, Ford E, Hull JH, Lim PB, McNarry M, Morten K, O’Sullivan O, Pretorius E, Raman B, Soteropoulos DS, Taquet M, Hall CN. Long COVID: mechanisms, risk factors and recovery. Exp Physiol. 2023 Jan;108(1):12-27. doi: 10.1113/EP090802.

[4] Stabile L, Pacitto A, Mikszewski A, Morawska L, Buonanno G. Ventilation procedures to minimize the airborne transmission of viruses in classrooms. Build Environ. 2021 Sep;202:108042. doi: 10.1016/j.buildenv.2021.108042.

[5] Wang Q, Iketani S, Li Z, Liu L, Guo Y, Huang Y, Bowen AD, Liu M, Wang M, Yu J, Valdez R, Lauring AS, Sheng Z, Wang HH, Gordon A, Liu L, Ho DD. Alarming antibody evasion properties of rising SARS-CoV-2 BQ and XBB subvariants. Cell. 2023 Jan 19;186(2):279-286.e8. doi: 10.1016/j.cell.2022.12.018

[6] Christie Aschwanden, “How ‘Superspreading’ Events Drive Most COVID-19 Spread”, The Scientific American, 23 juin 2020, https://www.scientificamerican.com/article/how-superspreading-events-drive-most-covid-19-spread1/

[7] Institut de France, Académie des sciences : « Protocole sanitaire : étendre rapidement l’usage des détecteurs de CO2 aux locaux d’enseignements ». Fiche complémentaire à l’Avis rendu par l’Académie des sciences le 11 juin 2021. Mise à jour au 30.11.2021. Consulté le 10 mars 2023 : https://www.academie-sciences.fr/pdf/rapport/2021_06_11_Fiche_CO2.pdf

[8] Pour mieux connaître le covid-19, ses modes de diffusion, les avancées scientifiques et les moyens de s’en protéger efficacement, nous recommandons les informations recensées par le site https://autodefensesanitaire.fr (mises à jour régulières).

[9] La modélisation de la diffusion des aérosols, qui est souvent comparée à la diffusion de la fumée d’une cigarette, est très instructive. Voir explications et schémas : https://elpais.com/especiales/coronavirus-covid-19/un-salon-un-bar-et-une-classe-ainsi-se-transmet-le-coronavirus-dans-lair/

[10] Recommandations et informations pratiques mises à jour sont disponibles sur le site : https://nousaerons.fr/. Les études les plus détaillées montrent que les seuils de CO2 à ne pas dépasser (calculés en ppm, particules par millions) dépendent des activités et des configurations des espaces intérieurs, entre 400 et 1000 ppm. Les seuils les plus bas sont recommandés en cas d’activité physique. Dans des lieux d’immobilité et de très faible densité (comme certaines bibliothèques à certaines heures), les seuils les plus hauts peuvent être tolérés. Dans les salles de classe et de réunion, la mobilité des occupants et les activités de groupe font baisser le seuil de tolérance.

[11] Nous regrettons que « Stop distanciel », un appel récent lancé par des collègues pour s’opposer à juste titre l’utilisation du distanciel dans le but de casser les grèves contre la réforme des retraites, ne mentionne pas que le distanciel est une modalité de l’accessibilité de l’enseignement et de la recherche aux personnes handicapées, ainsi qu’une modalité de réduction des risques. Accessibilité et réduction des risques sont absentes de ses revendications. En l’état, cet appel s’inscrit dans la continuité des politiques validistes et covido-négationnistes actuelles et nous ne pouvons pas le rejoindre.